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Jean-Noël Gérard (Voir son profil), consultant free-lance spécialisé dans le monde bancaire, gère 2 activités en parallèle de ses missions de consulting... et joue à plein la carte du réseau. Pourtant, 2 années de réflexion auront été nécessaires avant le grand virage de l’indépendance...  Entretien avec un freelance hyperactif: son approche de la création d'entreprise, du réseau et du statut freelance.


Vous êtes consultant banque-finance, maitrise d’œuvre en poste depuis près de 3ans chez BNP PARIBAS SECURITIES SERVICES (BP2S)... quelles sont vos autres activités?


FRANCE-NEARSHORE est une société dans laquelle l’activité de prestataire de service en informatique est logée et de manière plus générale toutes les prestations intellectuelles. Cette société m’a permis de passer le cap et de valider l’adéquation homme/projet. J’ai ensuite monté des sociétés pour d’autres freelances/entrepreneurs. En plus de mon travail de consultant, je suis actuellement gérant de 3 structures.
Avec mes partenaires, j'ai également décidé de fonder une société qui nous rassemble et se charge de toute la partie commerciale, autre que nos prestations intellectuelles respectives.
Ainsi est née PRYMARYS, société au travers de laquelle nous commercialisons des produits en mode hébergé (ASP/SaaS), des prestations en tant qu’intégrateur Open Source, mais aussi plusieurs logiciels en rapport avec des systèmes CRM ou ERP.

Pourquoi avoir fait le choix d'accompagner d'autres freelances?

Jusqu’à très récemment, on n’encourageait pas assez la création d’entreprise, or nous avons besoin de gens qui prennent des risques et partent du principe qu’ils n’accepteront les bénéfices de leur travail que s’ils en sont acteurs. Personnellement, après avoir exercé mon métier comme salarié, j'ai voulu rendre mon indépendance, avec la volonté d’être reconnu et de monter en compétence. J'ai ensuite naturellement ressenti le besoin de partager, et l’accompagnement à la création d’entreprise est devenu une activité à part entière.

Pourtant vous avez réfléchi pendant 2 ans avant de vous lancer en tant qu’indépendant...

Il y a toujours de bonnes raisons pour dire «j’y vais, j’y vais pas». Et surtout «que va t'il se passer si les choses tournent mal ?». Car on le sait, la réussite est un ensemble de choses: le timing, le produit, les compétences... . Et si l'on s'en réfère aux statistiques, 50% des entreprises meurent dans les 2 premières années.

Quel argument a été décisif?

Le facteur humain est primordial. L'envie d'être plus heureux,  de sortir de «l'assistanat», vivre une expérience…. autant de motifs et de bonnes raisons de passer le pas. Ensuite bien sûr, décision prise, il faut assumer. On se retrouve souvent seul, face à ses doutes, sans réponse à ses questions. Il faut pourtant aller de l’avant et passer dans «l’acceptation».
Je suis d'ailleurs très étonné de la rancoeur et l'amertume de certains consultants indépendants vis-à-vis de leurs anciens patrons ou des conditions dans lesquelles ils ont été amenés à créer leur activité.

Pour moi, créer est une chance, pas un fardeau.

D'autant que l'informatique est un secteur plutôt privilégié ?

Oui mais la peur du lendemain est très présente dans nos métiers. Et elle n’est pas toujours justifiée. Il faut apprendre à la gérer, à l'anticiper. Beaucoup de gens, en cas de coup dur, vont rechercher le salariat par exemple - j’ai moi-même fait cette erreur -, alors qu'il faut avoir une vision long terme. Gérer et prévoir, deux clefs pour prendre le recul, et avoir le bon management de la situation.

Comment faut-il, de votre point de vue, se préserver au mieux de la crise actuelle?

Je pense que les consultants capables de garder des prix raisonnables, de s'en tenir à la valeur d'usage de leurs prestations et de ne pas céder à la spirale inflationniste auront plus de chance de rester durablement sur leurs missions. Car la panique qu’engendre la crise actuelle ne correspond pas à mon avis à la réalité de notre quotidien.

Le plus gros danger est de vouloir compenser le risque d’inactivité par de plus gros taux journaliers. Au lieu d’adapter son tarif au domaine sur lequel on intervient, en fonction de la durée et des conditions de marché.
Or plus on est gourmand, plus on justifie la délocalisation, la recherche de compétences à meilleur prix. Et au final, c’est l’ensemble du marché dédié aux freelances qui peut en souffrir.

Mais les tarifs freelances sont également liés aux marges pratiquées par les différents intermédiaires....

Je pense qu'il faut rester honnête: je rémunère la partie commerciale que je ne peux effectuer moi-même. Quand on ne m’impose pas un intermédiaire ou une liste approuvée de sociétés partenaires, je peux passer avec l’intermédiaire que je choisi pour cette tâche et négocier le tarif.
Même s’il est tentant de se passer d’intermédiaire, je ne suis pas certain que cela soit un bon calcul à long terme, surtout quand il faut se serrer les coudes.
Au contraire, je pense qu’il faut entretenir ce réseau, garder des relations d'affaires. Et maintenir en parallèle un portefeuille suffisamment large de prospects... la loi des grands nombres...

Est-ce pour cela que vous êtes autant investi sur les réseaux sociaux?

Oui, je considère que tout contact est potentiellement générateur de business. J’adopte donc sur les réseaux virtuels une attitude ouverte, à l’anglo-saxonne: open networker (voir Jean-Noel Gerard sur Viadeo), j’accepte toutes les mises en relations et transmet les demandes. Mon réseau se répartit comme suit: 10% de contacts que je côtoie régulièrement, 10% qui correspondent à un carnet d’adresse réel sur lequel je dois investir, 80% de contacts à exploiter.

Quel est votre point de vue d’entrepreneur sur les réseaux virtuels?

Bien sur, le réseau virtuel n’a aucun intérêt s’il ne se prolonge pas de façon réelle. Et personnellement, je crois moins au réseau métier, où il y a peu d’entraide, qu’aux rencontres pluri-disciplinaires.
Car 2 spécialistes ensemble ont tendance à ne pas s’écouter: ils connaissent les mêmes choses et la discussion tourne en rond très vite. Les échanges sont en revanche plus dynamiques entre professionnels de secteurs différents. Je crois au partage, aux petits cercles. C’est souvent dans ce genre de rencontres que l’on génère des affaires mais ce n’est pas très répandu car il faut fixer des règles (par exemple limiter le nombre d’acteurs du même secteur), ce qui va l’encontre du principe d’ouverture des réseaux.

Vous dites qu'il y a peu d'entraide entre professionnels d'un même secteur. Quelle attitude faudrait-il adopter selon vous?

Faire partie d'un réseau, c'est avant tout se demander:  «comment puis-je être utile?». Si cette attitude n’est pas partagée, le réseau ne fonctionne pas.

Les informaticiens freelance sont plus largement connectés qu'avant mais gardent une image individualiste. Est-ce une réalité selon vous?

L'image du geek, replié sur lui-même, ou du mouton à 5 pattes difficile à gérer font partie des mythes à assumer, même s'ils ne correspondent plus à la réalité du métier. C’est en acceptant ces stéréotypes que l’on arrivera avec le temps à s’en débarrasser. Je pense à l'exemple des produits allemands, dont l'image négative (de là l'expression d' «ersatz» ou «produit de remplacement»), s'est totalement transformée avec le temps, au point d'incarner aujourd'hui l'excellence et la qualité.
Cela prendra du temps et nécessitera un effort de communication de chacun.

En parlant d'image, comment expliquez-vous le fait que, dans un pays où le CDI est roi, le portage soit aussi discuté par les freelances qui ont choisi un statut plus autonome?

Tout d'abord le portage ne se fait pas qu’en CDI, et toutes les activités ne peuvent pas bénéficier du portage salarial.
Je ne pense pas que cela soit un problème d’autonomie car la seule réelle différence, et de taille, est l’appartenance ou pas à une entreprise au travers d’un lien de subordination: le contrat de travail, et tous les droits associés.
Le portage salarial existe depuis des années au-delà de nos frontières, le travail avec des freelances y est systématisé aussi. Tout le monde trouve cela naturel.
Pour ma part je considère que chaque système a ses avantages et ses inconvénients. On doit choisir celui qui nous correspond le mieux dans notre acceptation des risques, notre volonté de couverture sociale, notre autonomie. Il n’y a de meilleur statut que celui qu’on choisi et qu’on assume soi-même. Si cette différence est si discutée c’est qu’il faut encore plus évangéliser et informer sur les points de discussion.

Le statut de l’auto-entrepreneur fait aussi couler beaucoup d’encre...

Il est trop tôt pour avoir le recul nécessaire et fixer une opinion. Il me semble que cela devrait permettre à plus de personnes de passer le pas vers l’indépendance. Même si les limites de chiffre d’affaire seront vite atteintes par un indépendant en prestations intellectuelles, c’est un bon moyen de tester son concept ou de vendre des prestations d’un second emploi combiné à temps partiel par exemple.

Si le métier de consultant n'est pas une affaire de statut, quelles sont pour vous les clefs de la réussite?

Mon ticket gagnant? Le «savoir-faire», le «savoir-être», et  le «savoir-vivre». Ils sont sont  indissociables pour durer. Ils ne s’utilisent pas au même moment, pas pour les mêmes raisons ni dans les mêmes circonstances.


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