Fred Bordage, consultant indépendant et fondateur de GreenIT.fr 
Crée par Fred Bordage, expert informatique freelance et journaliste, le site GreenIT.fr séduit plus de 13000 lecteurs par mois. Une performance remarquable pour un site indépendant, et un engouement qui révèle plus qu'une simple tendance éthique. Fred Bordage nous présente les grands chantiers du Green IT et détaille les opportunités d'un marché en pleine ébullition. Informaticiens freelance en quête de projets positifs, votre avenir est sans doute dans l'informatique verte!
Peut-on comparer la vague actuelle du Green IT à l'émergence du web dans les années 90 ?
Oui. Vers le milieu des années 90 on pensait que le web resterait réservé à la mise en ligne de travaux scientifiques. Aujourd’hui, la société et l’économie mondiale ne peuvent plus se passer des e-mails et des sites web. Nous en sommes au même point au niveau du Green IT.
L’adoption a été timide depuis 2 ans, mais elle commence à s’accélérer face aux économies financières potentielles et à la pression législative. Le point d’inflexion se situe mi 2007, lorsque la bourse a commencé à dérailler et que le pétrole était à 140 dollars....
Tout le monde s’est mis à chercher un nouveau relais de croissance et qui permette de mettre en place des mesures protectionnistes.
Un relai de croissance fiable sur le long terme ...
D’où l’intérêt soudain des politiques pour la « croissance verte » dont le Green IT est l’un des piliers. Le rapport Smart 2020 estime que les TIC peuvent réduire les émissions de gaz à effet de serre de 20 à 25% à l’horizon 2020. Et ce n’est pas un hasard si Nathalie Kosciusko-Morizet est en charge du développement de l’économie numérique de la France. Les entreprises et les politiques se contentaient jusqu’à présent de communiquer. La crise les pousse à agir!
Des mesures concrètes au niveau Européen, Français?
Les directives européennes WEEE (éco-conception et recyclage), RoHS (élimination des substances toxiques), EuP (économies d’énergie), et REACH (contrôle des produits chimiques) influencent déjà le secteur informatique. Le « code of conduct for Data Centres » européen – qui encadre la consommation électrique des centres informatiques - pourrait aussi devenir une directive. En France, si les décisions du Grenelle de l’environnement sont appliquées, toutes les entreprises de plus de 250 salariés auront l’obligation de publier un rapport sur leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2013. Cela signifie que quasiment toutes les entreprises devront, à terme, tenir une comptabilité carbone.
Un chantier colossal...
Le Green IT consiste à mener trois actions en parallèle :
réduire l’empreinte environnementale des TIC,
accompagner la stratégie développement durable de l’entreprise (et les obligations légales qui vont avec),
favoriser les effets de levier positif des TIC sur l’environnement.
Quelles seront les opportunités et pour quels informaticiens?
Le premier dossier concerne directement tous les informaticiens. Il s’agit d’abaisser la consommation électrique des parcs de PC et des centres informatiques (administrateur systèmes et réseaux), de réduire le volume des impressions (DSI), de prolonger la durée de vie du matériel (DSI), de concevoir des logiciels plus efficaces (développeurs et architectes), etc.
Le second dossier sera pris en charge par les spécialistes des progiciels tels que SAP, Oracle, Navision, etc. Tous les éditeurs ajoutent en effet en ce moment des modules liés à l’environnement à leurs ERP. Les spécialistes du domaine devront cependant suivre une formation au Bilan Carbone de l’ADEME pour êtres crédibles.
Le dernier dossier – favoriser l’effet de levier positif des TIC sur l’environnement – demande plus de créativité et de compétences métier et organisationnelles. Il s’agit par exemple d’optimiser l’empreinte carbone de la supply chain, de mettre en place des sites de co-voiturage au sein des entreprises, etc. Les double-profils (ingénieur / métier) sont les mieux placés pour relever ces défis.
Il y aura donc de réels besoins d'expertise... quelles sont les formations existantes?
Le marché du Green IT émerge à peine et il n’existe pas encore de cycle sérieux de formation au Green IT . Mais cela va venir. Comme je l'ai évoqué, ils peuvent suivre une formation Bilan Carbone auprès de l’ADEME pour commencer. Ensuite, d’autres méthodologies apparaîtront. Les consultants indépendants ont vraiment tout intérêt à jouer la carte du Green IT...
Tout l'écosystème IT (éditeurs, constructeurs, SSII...) est d'ailleurs déjà sur le qui-vive...
Effectivement, on voit des business unit Green IT ou développement durable apparaître dans toutes les SSII. Et les constructeurs et les éditeurs communiquent tous sur la dimension « verte » de leurs produits. Pour l’instant, l’industrie informatique se focalise essentiellement sur les économies d’énergie qui ont un double intérêt : financier et écologique.
Peut-on craindre une récupération commerciale du Green IT?
C’est déjà le cas. Les mots « verts », « durable », « responsable », « écologie » et « environnement » sont déjà présent dans le discours de tous les acteurs informatiques. Cependant, peu font réellement ce qu’ils disent. L’offre actuelle n’est pas mature dans la mesure où les entreprises et leurs prestataires n’embrassent pas encore tous les dossiers en même temps. Il s’agit pour l’instant de réponses tactiques et opportunistes sans cohérence. Or, la seule façon d’obtenir un bon retour sur investissement, c’est de considérer le développement durable dans son ensemble.
En considérant la biodiversité, la gestion des déchets électronique...?
Oui. Al Gore et le GIEC ont sensibilisé la planète entière au réchauffement climatique. Cependant, l’écroulement de la biodiversité n’intéresse personne car c’est un dossier sur lequel le retour sur investissement est beaucoup plus long. Pourtant, sans un certains niveau de biodiversité la vie est impossible sur terre. La gestion des déchets électroniques (DEEE) - qui permet de réduire les pollutions et donc de moins impacter la biodiversité - devrait être un dossier prioritaire. Mais comme il n’est pas intéressant financièrement, seule la loi arrive à faire bouger les entreprises dans le bon sens.
Vous êtes freelance depuis quelques années, positionné sur marché qui fait sens... êtes-vous satisfait de votre statut d'indépendant?
Oui. En 15 ans de vie active j’ai accompagné trois vagues pour mes clients : l’open source, le web 2.0, et maintenant le Green IT. L’indépendance est un choix. Cela me permet de choisir les dossiers et les clients avec lesquels j’ai envie de travailler. Pour un passionné comme moi, cette liberté est essentielle. Pour atteindre un bon niveau d’expertise très tôt (un de mes différentiateurs) dans les domaines que je couvre je travaille beaucoup. Le choix des missions est donc essentiel car j’ai besoin de me faire plaisir.
Quelle est la part d'indépendants sur le marché?
Pour l’instant, les experts français du Green IT forment un microcosme de moins d’une dizaine de personnes. Nous nous connaissons tous et, dans la majorité des cas, nous essayons de faire avancer les choses ensemble dans un esprit communautaire. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai créé GreenIT.fr : fédérer la communauté des experts français du Green IT.
Quelques « personnalités » incontournables?
Parmi les personnalités reconnues, je citerais : Benoît Varin de TicEthic, Gilles Berhault de l’Acidd, Françoise Berthoud qui pilote le groupe EcoInfo du CNRS, etc. Il y a aussi de nombreuses startups comme DotRiver, Dotgreen, Greenvision, etc.
Présentez-nous le blog GreenIT.fr...
GreenIT.fr couvre les trois pans du Green IT : réduction de l’empreinte des TIC, accompagnement des stratégies développement durable (DD) des entreprises, et effet de levier positif. Nous abordons donc aussi bien l’émergence des réseaux physiques intelligents (smart grid) que les logiciels de virtualisation ou la gestion des déchets électroniques (DEEE) et leur recyclage. Une nouvelle version proposera bientôt un accès mieux structuré à l’ensemble de ces informations.
Formations, salons... des événements à destination de la communauté sont-ils prévus?
Nous disposons déjà d’une série de formations à destination des entreprises. Mais pour toucher plus de monde, nous allons organiser LE salon du Green IT en France. GreenIT.fr n’est qu’un des acteurs de cette aventure. Nous sommes entrain de fédérer une dizaine d’acteurs autour de ce projet. Le rôle de GreenIT.fr est vraiment de fédérer la communauté française.
Rejoindre la communauté Green IT:
- le blog
- Marché Freelance: reprise attendue en 2010
- Optimisation fiscale: gérer votre indépendance
- Entretien avec le DSI fondateur de CIOClub
- La montée en puissance des freelances IT
- Informaticiens freelance, misez sur le Green IT!
- USI 2009 a pensé aux indépendants
- Pour un développement informatique durable
- Informaticien freelance et entrepreneur IT
- Recrutement web 2.0 pour les freelances IT
- Missions freelance en Suisse
- 2009: un marché freelance très tendu
- Mutualiser son réseau entre consultants indépendants: le GIE
- Informaticiens freelance, misez sur le Green IT!
- Informaticien freelance et entrepreneur IT
- La montée en puissance des freelances IT
- Développeurs freelance, SSII... tous a la Cantine!




